Cultiver avec les arbres combine l’innovation, le savoir-faire et un retour à l’évidence. Les systèmes agroforestiers sont ancestraux, variés, multifonctionnels, présents partout dans le monde.
L’agroforesterie désigne les pratiques, nouvelles ou historiques, associant arbres, cultures et/ou animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ. Ces pratiques comprennent les systèmes agro-sylvicoles mais aussi sylvo-pastoraux, les pré-vergers (animaux pâturant sous des vergers de fruitiers).
Histoire
La pratique agroforestière semble exister dès la Préhistoire sous certaines formes. Elle est en tout état de cause attestée dès l’Antiquité. Ainsi, dans le monde grec antique, « on pouvait profiter des intervalles laissés entre les lignes de vignes et d’oliviers, quand ils étaient assez larges, pour y cultiver des céréales ou des légumineuses », et on utilisait souvent, dans l’Antiquité grecque ou romaine, les arbres pour servir de support à la vigne (arbustra).
L’exploitation conjointe, sur une même parcelle, d’arbres et de cultures paraît importante également au Moyen Âge. Dans un ouvrage de la fin du 14ème siècle décrivant la vie quotidienne dans le nord de l’Italie, de très nombreuses illustrations attestent de pratiques agroforestières très variées. Arbres et cultures y semblent inséparables : sur plus de cinquante planches agricoles, seules trois montrent des monocultures pures.
Dans les environs de Genève au 18ème siècle, les types de cultures ou d’occupations des sols inscrits dans le cadastre comprennent les hutins, terme local qui désigne les vignes hautes grimpant sur des arbres vivants (fruitiers ou ormes).
On parle parfois d’agroforêts pour désigner les milieux où des populations indigènes vivent d’un mélange d’agriculture, de jardinage et de cueillette forestière, pratiqués sous la canopée ou, plus souvent, dans de petites clairières, sur brûlis, avec des pratiques qui ménagent une partie de la biodiversité et lui permettent de se reconstituer rapidement. Ces agroforêts couvraient au début du xxie siècle environ 1,5 million d’hectares rien qu’en Indonésie. Dans le monde, 150 millions d’hommes, autochtones, vivent encore en forêt, presque exclusivement en zone tropicale9.
L’agrosylviculture existe aussi en zones tempérée et froide. De tous temps, les animaux domestiques semblent avoir pâturé en forêt, où l’on pratiquait aussi la cueillette et le taillis. Et jusqu’à la fin des années 1960, des buissons fruitiers, des arbres épars, fruitiers ou destinés à produire du bois d’œuvre ou de feu étaient encore omniprésents dans les paysages ruraux de presque toute l’Europe tempérée, en Asie, comme dans toute l’Afrique et dans de nombreuses cultures traditionnelles des pays du Sud. On les trouvait au bord des champs, dans les cultures et des pâturages, dans les zones humides pâturées, dans les fortifications, voire en forêt même.
Dans l’hémisphère Nord, cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers, noisetiers, châtaigniers, noyers, etc. ont ainsi longtemps côtoyé les animaux en pâture et les agriculteurs.
Dans les pays industrialisés, l’agroforesterie a massivement régressé au xxe siècle, en lien avec le développement d’une agriculture mécanisée. Le phénomène s’est amplifié dans la seconde moitié du xxe siècle : on estime qu’il y avait 600 millions d’arbres dans les parcelles agricoles françaises dans les années 1940-1950. Il n’en restait que 200 millions dans les années 200010.
Ce phénomène a encore été accentué en Europe avec la mise en place de la PAC, car les règlements européens, pour des raisons de facilité d’administration (non-cumul des subventions), excluaient (jusqu’en 2006) qu’une parcelle consacrée à deux productions puisse percevoir des subventions pour ces deux productions. De ce fait, la surface correspondant aux arbres présents dans les parcelles était systématiquement déduite de la surface subventionnée pour la culture présente au pied de l’arbre, ce qui a encouragé les agriculteurs à pratiquer des arrachages massifs.
Depuis 2006, la réglementation européenne a intégré les atouts de l’agroforesterie et ne pénalise plus cette pratique dans la limite de cinquante arbres à l’hectare.
Apports de l’arbre en milieu agricole
Améliorer la production des parcelles en optimisant les ressources du milieu
L’expérimentation INRA sur un système blé-noyers à Restinclières (Hérault) a montré qu’une parcelle agroforestière de 100 ha pouvait produire autant de biomasse (bois et produits agricoles) qu’une parcelle de 136 ha où arbres et cultures auraient été séparés, soit un gain de 36%. Cette intensification de la production résulte d’une meilleure utilisation des ressources naturelles du milieu : la lumière, l’eau et les engrais sont prélevés plus efficacement grâce à un étagement des cultures, des systèmes racinaires de profondeurs variées, une occupation du sol permanente…
Recherche de complémentarité : l’arbre remonte par exemple l’eau et les minéraux des couches profondes du sol pour les remettre à disposition des cultures de surface. La création d’un micro-climat sur la parcelle protège également les cultures et les animaux des stress thermiques et hydriques. L’arbre pourrait notamment permettre d’amortir les accidents climatiques, en partie responsables de la stagnation des rendements des céréales en Europe.
Diversifier la production des parcelles
Les arbres permettent de diversifier les services et sources de revenu sur l’exploitation : productions agricoles, bois d’œuvre, bois énergie, fruits, fourrage, litière, paillage…
Restaurer la fertilité du sol
Les arbres restituent de la matière organique via les feuilles qui tombent au sol et la décomposition des racines : 40 % de la biomasse d’un arbre retourne au sol chaque année. Les racines structurent aussi le sol, facilitant son activité biologique. Ces apports améliorent donc la fertilité du système.
Garantir la qualité et quantité de l’eau
Une étude (Agroof, INRA, contrat Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse) a mis en évidence la capacité de dépollution des arbres. Véritables filtres, ils limitent une partie de la lixiviation des nitrates, réduisant ainsi la pollution des nappes phréatiques. Cette fonction est particulièrement intéressante pour la gestion des zones de captage en eau potable. De plus, les systèmes racinaires des arbres augmentent la réserve utile en eau (exploitable par la plante) des sols, améliorent l’infiltration du ruissellement, limitent l’évaporation du sol…
Améliorer les niveaux de biodiversité et reconstituer une trame écologique
La diversité des espèces ligneuses et herbacées améliore la vie du sol où les champignons (mycorhizes) jouent un rôle majeur. Les infrastructures arborées fournissent habitats et nourriture pour un cortège floristique et faunistique important (auxiliaires de cultures – abeilles et autres pollinisateurs – , gibier, prédateurs des ravageurs…) Elles participent à la restauration des continuités écologiques à l’échelle des territoires.
Stocker du carbone pour lutter contre le changement climatique
99% de la matière solide de l’arbre provient du CO2 atmosphérique : les arbres sont donc d’excellents puits de carbone. Un frêne à maturité séquestre par exemple près de 3kg de C02 par an. Les arbres permettent non seulement d’atténuer les effets du changement climatique mais aussi de s’adapter, puisqu’ils recapitalisent les sols en carbone, source de fertilité.
Les enjeux
Par-delà la conduite d’une parcelle agricole, l’agroforesterie s’inscrit dans des projets de territoires (énergie, alimentation…) :
- Gestion de l’eau à l’échelle des bassins versant
- Augmentation des besoins en bois / Compétition foncière
- Pérennité de l’apiculture (qualité et diversité des ressources)
- Continuité et corridors écologiques
- Loisirs et activités de pleine nature (chasse, pêche, randonnée, agri-tourisme…)
Le développement des techniques
Si les premiers projets de recherche en France consistaient surtout à réaliser des alignements d’arbres monospécifiques au milieu des cultures, l’agroforesterie telle qu’elle est reconnue et développée aujourd’hui intègre pleinement les haies et actualise les savoirs-faire paysans. Son efficacité repose sur une grande diversité d’essences, de techniques, de types d’aménagement ou de tailles des arbres pour concilier production de biomasse et protection de l’environnement.
Plantations pluri-spécifiques / valorisation de l’existant en bordures et plein champ / régénération naturelle / restauration d’arbres têtards, introduction de bandes de taillis linéaires
Complémentaires à la gestion de l’arbre, les techniques de conservation des sols (techniques culturales simplifiées, couverts végétaux, semis directs..) miment le fonctionnement des écosystèmes naturels (prairie, forêt) et recréent de l’humus dans les sols. Objectifs des agriculteurs : réduction des intrants, limitation de l’érosion, diversité des débouchés.
Sources : wikipédia – https://www.agroforesterie.fr/
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